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Comment fixer son TJM de consultant indépendant

Mehdi Naceri · 27 août 2026 9 min de lecture Guide

Fixer son TJM est la première décision structurante d'un consultant indépendant, et c'est presque toujours celle qui est prise le plus vite. Un coup d'œil aux tarifs des confrères, un arrondi vers le bas « le temps de démarrer », et le prix est posé. Pour des années.

Le problème n'est pas d'avoir un TJM trop bas au lancement. C'est d'avoir un TJM qui ne repose sur rien : ni sur vos charges réelles, ni sur vos jours réellement facturables, ni sur la valeur que vous produisez chez le client. Voici la méthode pour le calculer, et surtout pour le faire évoluer ensuite sans perdre vos clients historiques.

Le TJM, c'est quoi exactement (et ce qu'il ne mesure pas)

Le TJM, ou taux journalier moyen, est le prix qu'un consultant indépendant facture à son client pour une journée de mission. C'est une unité de facturation, pas une unité de valeur, et surtout pas un salaire journalier déguisé.

La confusion vient de là. Un salarié qui gagne un certain montant chaque mois travaille une vingtaine de jours et en déduit ce qu'il « vaut » par jour. Le raisonnement ne tient pas pour un indépendant, pour une raison simple : ce que vous facturez sur une journée de mission doit financer toutes les journées que vous ne facturez pas.

Concrètement, votre TJM doit couvrir :

  • vos charges sociales et vos impôts, qui ne sont pas prélevés à la source par un employeur ;
  • vos frais professionnels : outils, assurance responsabilité civile professionnelle, comptable, matériel, déplacements, formation ;
  • vos congés, vos jours fériés et vos arrêts éventuels, que personne ne vous paie ;
  • tout le temps non facturable : prospection, propositions commerciales, administratif, veille ;
  • les périodes creuses entre deux missions, qui arrivent même quand tout va bien ;
  • le risque d'entreprise : impayés, mission annulée la veille, client qui décale de six semaines.

Le mot « moyen » a aussi son importance. Le TJM est une moyenne : rien ne vous oblige à avoir un prix unique. Un atelier de cadrage court, une mission longue de six mois et une intervention en urgence n'ont aucune raison d'être facturés au même tarif. Ce que vous cherchez, c'est un point de référence solide autour duquel vous arbitrez.

Pourquoi copier le TJM des confrères vous sous-paye presque toujours

Le premier réflexe quand on se lance : demander autour de soi, regarder les grilles publiées par les plateformes de freelancing, lire un post qui annonce un tarif. Puis se positionner « dans la moyenne », voire un cran en dessous pour être sûr de décrocher les premières missions.

Trois problèmes avec ce raisonnement.

  • Le chiffre observé n'a aucun contexte. Un TJM ne veut rien dire sans le périmètre (une présence sur site ou un livrable ?), la durée (trois jours ou six mois ?), le canal (en direct ou via un intermédiaire qui prend sa marge ?), le niveau de responsabilité et la zone géographique. Vous comparez des chiffres qui ne mesurent pas la même chose.
  • Les tarifs visibles sont biaisés vers le bas. Les grilles publiques sont largement alimentées par les missions passées par des intermédiaires et par les profils qui cherchent du volume. Les consultants qui facturent le mieux vendent en direct, sur recommandation, et ne publient pas leur grille.
  • Vous héritez du positionnement de quelqu'un d'autre. En copiant un tarif, vous copiez implicitement une promesse, un niveau de preuve et une structure de coûts qui ne sont pas les vôtres.

Le marché reste une information utile, mais à la fin, pas au début. Une fois votre chiffre calculé, il sert de contrôle de cohérence. Si votre plancher ressort très au-dessus de ce qui se pratique, votre sujet n'est pas le prix mais le positionnement ou la cible. S'il ressort très en dessous, vous avez probablement sous-estimé vos charges ou surestimé vos jours facturables.

Comment calculer son TJM : la méthode en quatre étapes

Le bon point de départ n'est pas le marché, c'est vous. La question à laquelle votre TJM doit répondre est : combien dois-je facturer par jour travaillé pour atteindre le revenu net dont j'ai besoin, compte tenu du nombre de jours que je peux réellement vendre ?

Quatre étapes. Prenons un exemple chiffré, purement illustratif, à recalculer avec vos propres données.

  1. Votre revenu net annuel cible. Pas votre ancien salaire repris par habitude, mais ce dont vous avez besoin pour vivre correctement, absorber un imprévu et mettre de côté. Disons 45 000 euros nets.
  2. Le chiffre d'affaires nécessaire pour y arriver. Il faut y ajouter charges sociales, impôts et frais professionnels. Selon votre statut, le coefficient à appliquer se situe souvent entre 1,7 et 2. C'est un ordre de grandeur : faites-le valider par votre expert-comptable, jamais au doigt mouillé. Avec un coefficient de 1,9, il vous faut environ 85 000 euros de chiffre d'affaires.
  3. Votre nombre de jours réellement facturables. C'est l'étape que presque tout le monde rate, et elle mérite sa propre section (juste en dessous). Disons 140 jours.
  4. Votre TJM plancher. 85 000 divisé par 140, soit environ 607 euros. Arrondissez à 600 euros.

Regardez maintenant ce qui se passe si vous partez de l'hypothèse naïve de 220 jours facturables : 85 000 divisé par 220, soit environ 386 euros. Le même besoin, la même personne, un tarif inférieur d'un tiers. Voilà comment on se sous-paye sans jamais négocier quoi que ce soit.

Combien de jours pouvez-vous vraiment facturer dans une année ?

C'est la variable qui casse tous les calculs optimistes. Déroulons-la honnêtement.

  • 365 jours moins les week-ends : il reste environ 261 jours ouvrés.
  • Moins les jours fériés qui tombent en semaine : environ 250.
  • Moins vos congés. Cinq semaines, comme tout le monde, parce que vous n'êtes pas une machine : environ 225.
  • Moins le temps non facturable : prospection, rendez-vous de découverte, propositions commerciales, facturation, comptabilité, veille, formation. Comptez au minimum un jour par semaine, souvent bien plus la première année : environ 180.
  • Moins les creux entre deux missions, les démarrages décalés, les jours où le client n'est pas disponible, la maladie. Il reste fréquemment entre 120 et 150 jours réellement facturés.

Ce chiffre, c'est votre taux de remplissage. Il est la variable la plus sous-estimée du métier, et l'erreur est asymétrique : surestimer vos jours facturables ne vous fait pas seulement rater votre objectif de revenu, cela vous fait aussi accepter un tarif trop bas pendant des mois, avant même de vous en apercevoir.

Un conseil de méthode : ne raisonnez pas en prévisionnel la deuxième année. Comptez vos jours réellement facturés sur les douze mois écoulés, et recalculez votre TJM avec ce chiffre-là. Si vous voulez creuser ce que coûte vraiment une journée de votre temps, y compris celles que vous ne facturez à personne, lisez le vrai coût horaire du solopreneur qui fait tout.

Ce chiffre est un plancher, pas un prix : rareté, valeur, risque

Le calcul précédent vous donne une chose et une seule : le seuil en dessous duquel travailler vous appauvrit. Ce n'est pas votre prix. C'est le point de départ de la vraie question.

Trois facteurs font l'écart entre le plancher et le tarif que vous pouvez défendre.

  • La rareté de votre expertise. La bonne question n'est pas « est-ce que je suis bon ? » mais « combien de personnes peuvent traiter ce problème précis, dans ce délai, avec le même niveau de preuve ? ». Plus la réponse est courte, plus votre prix monte. Une expertise généraliste se compare, une expertise située ne se compare pas.
  • La valeur produite chez le client. Une mission de dix jours qui débloque un canal d'acquisition n'a pas la même valeur qu'une mission de dix jours qui produit un document. Le client n'achète pas votre temps, il achète un résultat ou l'évitement d'un problème. Facturer le temps est commode ; c'est rarement juste.
  • Le risque que le client vous transfère. En vous confiant la mission, il vous confie un délai, une décision qu'il ne sait pas prendre en interne, parfois une responsabilité vis-à-vis de sa direction. Ce transfert de risque a un prix, et il est légitime.

Dans la pratique, l'écart entre le plancher et un tarif défendable ne se joue pas à quelques euros près : il se joue sur un changement de niveau de prix. Et c'est aussi la limite structurelle du modèle : tant que vous vendez du temps, votre revenu plafonne à votre TJM multiplié par vos jours facturables. Sortir de ce plafond suppose de vendre autre chose que des journées, ce que détaille productiser son service.

Comment augmenter son TJM sans perdre ses clients historiques

La peur est toujours la même : « si j'augmente, mes clients fidèles partent ». Dans les faits, ce qui fait partir un client, ce n'est pas la hausse, c'est la façon dont elle arrive. Quatre règles.

  1. Appliquez la nouvelle grille aux nouvelles missions d'abord. Zéro risque sur l'existant, et un test grandeur nature. Si vos trois prochaines propositions passent au nouveau tarif, vous avez votre réponse. Si les trois se bloquent sur le prix, vous avez aussi votre réponse, et elle porte sur votre offre autant que sur votre tarif.
  2. Prévoyez une clause de révision annuelle dès la signature. Une ligne dans le contrat : date anniversaire, préavis de soixante jours, révision négociée. Elle transforme un sujet conflictuel en échéance prévue. Négocier une hausse est difficile ; appliquer une clause acceptée à froid l'est beaucoup moins.
  3. Justifiez par la preuve, pas par l'inflation. L'inflation est votre problème vu du client. Le résultat obtenu est le sien. Arrivez avec ce que la collaboration a produit, ce que le périmètre est devenu, l'expertise que vous avez acquise entre-temps. Chez Growth Consult, ce sont les 285 entreprises accompagnées depuis 2012 et les 2 750 professionnels formés qui tiennent lieu de référence : des faits vérifiables, pas des arguments de vente. C'est exactement ce type de matière qui rend une hausse discutable plutôt que subie.
  4. Annoncez par écrit, à l'avance, sans négocier sous pression. Deux à trois mois avant la date d'effet, un message court : le nouveau tarif, la date, ce qui a changé, et votre disponibilité pour en parler. Jamais en fin de réunion, jamais à l'oral au détour d'un échange.

Pour la mécanique complète, y compris la façon de gérer les clients qui refusent, voyez augmenter ses prix sans perdre ses clients.

Le piège qui plafonne le revenu de la plupart des indépendants

Il tient en une phrase : accepter de facturer en dessous de son TJM cible « juste pour décrocher la mission ». C'est la décision la plus coûteuse de la vie d'un consultant, et elle ne ressemble jamais à une erreur sur le moment.

Pourquoi elle coûte si cher :

  • Elle crée un ancrage. Le client qui vous a acheté à votre tarif d'appel ne vous rachètera pas au tarif plein sans friction. Votre premier prix devient votre référence chez lui, et souvent dans votre propre tête.
  • Elle attire le mauvais profil de client. Un tarif d'appel sélectionne les acheteurs sensibles au prix, ceux qui négocient le plus, exigent le plus et paient le plus tard. Sur ce point, dire non aux mauvais clients est le complément direct de cet article.
  • Elle est invisible dans vos chiffres. Vous voyez le chiffre d'affaires entrer. Vous ne voyez pas les jours mangés à faible marge qui vous empêchent de prospecter mieux.

Ce qu'il faut faire à la place, quand le budget du client ne suit pas :

  • Gardez le prix, réduisez le périmètre. Cinq jours au lieu de dix, un livrable au lieu de trois. Le tarif reste intact, la mission entre dans le budget.
  • Échangez le rabais contre une contrepartie contractuelle. Un engagement sur la durée, un volume de jours, un paiement à réception, une étude de cas nommée, une introduction chez un pair. Un rabais qui n'achète rien est un cadeau, pas une négociation.
  • Acceptez de ne pas signer. Une mission perdue au bon prix coûte moins cher qu'une mission gagnée au mauvais.

Récapitulatif : les cinq étapes pour fixer votre TJM

Si vous ne deviez retenir qu'une séquence d'actions, la voici.

  1. Posez votre objectif de revenu net annuel, avec un chiffre précis, pas une intention.
  2. Calculez le chiffre d'affaires correspondant en intégrant charges, impôts et frais professionnels, coefficient validé par votre comptable.
  3. Comptez vos jours réellement facturables, en partant des jours ouvrés et en retirant congés, temps non facturable et périodes creuses. Utilisez vos chiffres réels dès que vous en avez.
  4. Divisez, et considérez le résultat comme un plancher. Puis remontez en fonction de la rareté de votre expertise, de la valeur produite et du risque assumé.
  5. Verrouillez la suite : nouvelle grille sur les nouvelles missions, clause de révision annuelle dans chaque contrat, et une règle personnelle, écrite, sur le tarif en dessous duquel vous ne descendez pas.

Un TJM n'est pas un chiffre magique trouvé en observant les autres. C'est le résultat d'un calcul, corrigé par un positionnement, et tenu dans le temps par une discipline. Les trois comptent. Le calcul sans la discipline se dilue au premier client qui négocie ; la discipline sans le calcul devient de l'entêtement.

La croissance ne se hacke pas. Elle se construit. Votre tarification aussi.

La règle à retenir : votre TJM plancher est égal au chiffre d'affaires nécessaire pour atteindre votre revenu net cible, divisé par vos jours réellement facturables, souvent 120 à 150 par an et non 220. Tout ce qui passe sous ce seuil n'est pas un tarif d'appel : c'est une perte que vous financez vous-même.

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