Fixer son TJM est la première décision structurante d'un consultant indépendant, et c'est presque toujours celle qui est prise le plus vite. Un coup d'œil aux tarifs des confrères, un arrondi vers le bas « le temps de démarrer », et le prix est posé. Pour des années.
Le problème n'est pas d'avoir un TJM trop bas au lancement. C'est d'avoir un TJM qui ne repose sur rien : ni sur vos charges réelles, ni sur vos jours réellement facturables, ni sur la valeur que vous produisez chez le client. Voici la méthode pour le calculer, et surtout pour le faire évoluer ensuite sans perdre vos clients historiques.
Le TJM, ou taux journalier moyen, est le prix qu'un consultant indépendant facture à son client pour une journée de mission. C'est une unité de facturation, pas une unité de valeur, et surtout pas un salaire journalier déguisé.
La confusion vient de là. Un salarié qui gagne un certain montant chaque mois travaille une vingtaine de jours et en déduit ce qu'il « vaut » par jour. Le raisonnement ne tient pas pour un indépendant, pour une raison simple : ce que vous facturez sur une journée de mission doit financer toutes les journées que vous ne facturez pas.
Concrètement, votre TJM doit couvrir :
Le mot « moyen » a aussi son importance. Le TJM est une moyenne : rien ne vous oblige à avoir un prix unique. Un atelier de cadrage court, une mission longue de six mois et une intervention en urgence n'ont aucune raison d'être facturés au même tarif. Ce que vous cherchez, c'est un point de référence solide autour duquel vous arbitrez.
Le premier réflexe quand on se lance : demander autour de soi, regarder les grilles publiées par les plateformes de freelancing, lire un post qui annonce un tarif. Puis se positionner « dans la moyenne », voire un cran en dessous pour être sûr de décrocher les premières missions.
Trois problèmes avec ce raisonnement.
Le marché reste une information utile, mais à la fin, pas au début. Une fois votre chiffre calculé, il sert de contrôle de cohérence. Si votre plancher ressort très au-dessus de ce qui se pratique, votre sujet n'est pas le prix mais le positionnement ou la cible. S'il ressort très en dessous, vous avez probablement sous-estimé vos charges ou surestimé vos jours facturables.
Le bon point de départ n'est pas le marché, c'est vous. La question à laquelle votre TJM doit répondre est : combien dois-je facturer par jour travaillé pour atteindre le revenu net dont j'ai besoin, compte tenu du nombre de jours que je peux réellement vendre ?
Quatre étapes. Prenons un exemple chiffré, purement illustratif, à recalculer avec vos propres données.
Regardez maintenant ce qui se passe si vous partez de l'hypothèse naïve de 220 jours facturables : 85 000 divisé par 220, soit environ 386 euros. Le même besoin, la même personne, un tarif inférieur d'un tiers. Voilà comment on se sous-paye sans jamais négocier quoi que ce soit.
C'est la variable qui casse tous les calculs optimistes. Déroulons-la honnêtement.
Ce chiffre, c'est votre taux de remplissage. Il est la variable la plus sous-estimée du métier, et l'erreur est asymétrique : surestimer vos jours facturables ne vous fait pas seulement rater votre objectif de revenu, cela vous fait aussi accepter un tarif trop bas pendant des mois, avant même de vous en apercevoir.
Un conseil de méthode : ne raisonnez pas en prévisionnel la deuxième année. Comptez vos jours réellement facturés sur les douze mois écoulés, et recalculez votre TJM avec ce chiffre-là. Si vous voulez creuser ce que coûte vraiment une journée de votre temps, y compris celles que vous ne facturez à personne, lisez le vrai coût horaire du solopreneur qui fait tout.
Le calcul précédent vous donne une chose et une seule : le seuil en dessous duquel travailler vous appauvrit. Ce n'est pas votre prix. C'est le point de départ de la vraie question.
Trois facteurs font l'écart entre le plancher et le tarif que vous pouvez défendre.
Dans la pratique, l'écart entre le plancher et un tarif défendable ne se joue pas à quelques euros près : il se joue sur un changement de niveau de prix. Et c'est aussi la limite structurelle du modèle : tant que vous vendez du temps, votre revenu plafonne à votre TJM multiplié par vos jours facturables. Sortir de ce plafond suppose de vendre autre chose que des journées, ce que détaille productiser son service.
La peur est toujours la même : « si j'augmente, mes clients fidèles partent ». Dans les faits, ce qui fait partir un client, ce n'est pas la hausse, c'est la façon dont elle arrive. Quatre règles.
Pour la mécanique complète, y compris la façon de gérer les clients qui refusent, voyez augmenter ses prix sans perdre ses clients.
Il tient en une phrase : accepter de facturer en dessous de son TJM cible « juste pour décrocher la mission ». C'est la décision la plus coûteuse de la vie d'un consultant, et elle ne ressemble jamais à une erreur sur le moment.
Pourquoi elle coûte si cher :
Ce qu'il faut faire à la place, quand le budget du client ne suit pas :
Si vous ne deviez retenir qu'une séquence d'actions, la voici.
Un TJM n'est pas un chiffre magique trouvé en observant les autres. C'est le résultat d'un calcul, corrigé par un positionnement, et tenu dans le temps par une discipline. Les trois comptent. Le calcul sans la discipline se dilue au premier client qui négocie ; la discipline sans le calcul devient de l'entêtement.
La croissance ne se hacke pas. Elle se construit. Votre tarification aussi.
La règle à retenir : votre TJM plancher est égal au chiffre d'affaires nécessaire pour atteindre votre revenu net cible, divisé par vos jours réellement facturables, souvent 120 à 150 par an et non 220. Tout ce qui passe sous ce seuil n'est pas un tarif d'appel : c'est une perte que vous financez vous-même.
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Partez de votre revenu net annuel cible, par exemple 45 000 euros. Appliquez un coefficient pour charges, impôts et frais, souvent entre 1,7 et 2 selon le statut, à valider avec votre expert-comptable : avec 1,9, il faut environ 85 000 euros de chiffre d'affaires. Divisez par vos jours réellement facturables, disons 140 : votre TJM plancher est d'environ 600 euros.
Souvent entre 120 et 150 jours, loin des 220 qu'on imagine. Sur environ 261 jours ouvrés, retirez les jours fériés, cinq semaines de congés, au moins un jour par semaine de temps non facturable (prospection, propositions, administratif, veille), puis les creux entre missions et la maladie. Surestimer ce chiffre vous fait accepter un tarif trop bas pendant des mois sans vous en apercevoir.
Appliquez d'abord la nouvelle grille aux nouvelles missions, sans risque sur l'existant. Prévoyez dès la signature une clause de révision annuelle avec préavis de soixante jours. Justifiez la hausse par la preuve, ce que la collaboration a produit, pas par l'inflation. Et annoncez-la par écrit deux à trois mois avant la date d'effet, jamais à l'oral en fin de réunion.
Non. Facturer sous votre TJM cible crée un ancrage chez le client, attire les acheteurs sensibles au prix et reste invisible dans vos chiffres. Gardez le prix et réduisez le périmètre, ou échangez un rabais contre une contrepartie contractuelle : engagement sur la durée, paiement à réception, étude de cas nommée. Une mission perdue au bon prix coûte moins cher qu'une mission gagnée au mauvais.
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